En-tete de pages
Page d'accueil
 A venir   Aide   Autos   Contact   Liens  
 Livres   Nouveautés  Photos

Page sur Arthur Schoppenhauer

 

Douleurs du monde (+- 1851) 

 

Schopenhauer

Schopenhauer

Schopenhauer

menu_schopenhauer_titres

Tous les titres :

Aphorismes sur la sagesse dans la vie

Douleurs du monde

Essai sur le libre arbitre

Essai sur les femmes

Éthique et politique

Fragments divers

Métaphysique de l'amour ; Métaphysique de la mort

 

 

                   
Classement de sites - Inscrivez le vôtre!

 

 

Extraits

- 1 -

L'on peut dire avec quelque indulgence "une jeune fille abusée" on ne dit pas "une femme abusée". Le séducteur peut bien par le mariage rendre l'honneur à la première, il ne peut pas le rendre à la seconde, même après le divorce.

- 2 -

Si elle n'a pas pour but immédiat la douleur, on peut dire que notre existence n'a aucune raison d'être dans le monde. Car il est absurde d'admettre que la douleur sans fin qui naît de la misère inhérente à la vie et qui remplit le monde, ne soit qu'un pur accident et non le but même. Chaque malheur particulier paraît, il est vrai, une exception ; mais le malheur général est la règle.

- 3 -

Dans la vie des peuples, l'histoire ne nous montre que guerres et séditions ; les années de paix ne semblent que de courtes pauses, des entractes, une fois par hasard. Et de même la vie de l'homme est un combat perpétuel, non pas seulement contre des maux abstraits, la misère ou l'ennui ; mais contre les autres hommes. Partout on trouve un adversaire : la vie est une guerre sans trêve, et l'on meurt les armes à la main.

- 4 -

Aux yeux de celui qui sait ce qui se passera réellement, les enfants sont d'innocents coupables condamnés non pas à la mort, mais à la vie, et qui pourtant ne connaissent pas encore le contenu de leur sentence. - Chacun n'en désire pas moins pour soi un âge avancé, c'est-à-dire un état que l'on pourrait exprimer ainsi : "aujourd'hui est mauvais, et chaque jour sera plus mauvais - jusqu'à ce que le pire arrive."

- 5 -

Lorsqu'on se représente, autant qu'il est possible de le faire d'une façon approximative, la somme de misère, de douleur et de souffrance de toutes sortes que le soleil éclaire dans sa course, on accordera qu'il vaudrait beaucoup mieux que cet astre n'ait pas plus de pouvoir sur la terre pour faire surgir le phénomène de la vie qu'il n'en a dans la lune, et qu'il serait préférable que la surface de la terre comme celle de la lune se trouvât encore à l'état de cristal glacé.

- 6 -

Le monde, mais c'est l'enfer, et les hommes se partagent en âmes tourmentées et en diables tourmenteurs.

- 7 -

La vie est une chasse incessante où, tantôt chasseurs, tantôt chassés, les êtres se disputent les lambeaux d'une horrible curée ; une histoire naturelle de la douleur qui se résume ainsi : vouloir sans motif, toujours souffrir, toujours lutter, puis mourir et ainsi de suite dans les siècles des siècles, jusqu'à ce que notre planète s'écaille en petits morceaux.

- 8 -

En prévision de ma mort, je fais cette confession que je méprise la nation allemande à cause de sa bêtise infinie, et que je rougis de lui appartenir.

- 9 -

Il est inutile de disputer sur la polygamie, puisqu'en fait elle existe partout et qu'il ne s'agit que de l'organiser. Où trouve-t-on de véritables monogames ? Tous, du moins pendant un temps, et la plupart presque toujours, nous vivons dans la polygamie. Si tout homme a besoin de plusieurs femmes, il est tout à fait juste qu'il soit libre, et même qu'il soit obligé de se charger de plusieurs femmes ; celles-ci seront par là même ramenées à leur vrai rôle, qui est celui d'être subordonné, et l'on verra disparaître de ce monde la dame, ce monstrum de la civilisation européenne et de la bêtise germano-chrétienne, avec ses ridicules prétentions au respect et à l'honneur ; plus de dames, mais aussi plus de ces malheureuses femmes, qui remplissent maintenant l'Europe.

- 10 -

L'égoïsme, par nature, est sans bornes : l'homme n'a qu'un désir absolu, conserver son existence, s'affranchir de toute douleur, même de toute privation ; ce qu'il veut, c'est la plus grande somme possible de bien être, c'est la possession de toutes les jouissances qu'il est capable d'imaginer, et qu'il s'ingénie à varier et à développer sans cesse. Tout obstacle qui se dresse entre son égoïsme et ses convoitises excite son humeur, sa colère, sa haine : c'est un ennemi qu'il faut écraser. Il voudrait autant que possible jouir de tout, posséder tout ; ne le pouvant, du moins voudrait-il tout dominer : "Tout pour moi, rien pour les autres", c'est sa devise. […] Chacun se fait le centre du monde, rapporte tout à soi ; [….] Y a-t-il contraste plus saisissant ? D'une part, cet intérêt supérieur, exclusif, que chacun prend à soi-même, et de l'autre, ce regard indifférent qu'il jette sur tous les hommes. C'est même une chose comique, que cette conviction de tant de gens agissant comme s'ils avaient seuls une existence réelle, et que leurs semblables ne fussent que de vaines ombres, de purs fantômes.

- 11 -

Il n'y a que trois ressorts fondamentaux des actions humaines, et tous les motifs possibles n'ont de prise que sur ces trois ressorts. C'est d'abord a) l'égoïsme, qui veut son propre bien (il est sans bornes) ; b) la méchanceté, qui veut le mal d'autrui (elle va jusqu'à l'extrême cruauté) ; c) la pitié, qui veut le bien d'autrui (elle va jusqu'à la générosité, la grandeur d'âme). Toute action humaine doit être ramenée à l'un de ces trois mobiles, ou même à deux à la fois.

- 12 -

L'organisation de la société humaine oscille comme un pendule entre deux extrêmes, deux pôles, deux maux opposés : le despotisme et l'anarchie. Plus elle s'éloigne de l'un, plus elle se rapproche de l'autre. La pensée vous vient alors que le juste milieu serait le point convenable : quelle erreur ! Ces deux maux ne sont pas également mauvais et dangereux ; le premier est infiniment moins à craindre : d'abord les coups du despotisme n'existent qu'à l'état de possibilité, et lorsqu'ils se produisent en actes, il n'atteignent qu'un homme entre des millions d'hommes. Quand à l'anarchie, possibilité et réalité sont inséparables : ses coups atteignent chaque citoyen et cela chaque jour. Aussi toute constitution doit se rapprocher beaucoup plus du despotisme que de l'anarchie : elle doit même contenir une légère possibilité de despotisme.

- 13 -

La race humaine est une fois pour toutes et par nature vouée à la souffrance et à la ruine ; quand bien même par le secours de l'État et l'histoire on pourrait remédier à l'injustice et à la misère au point que la terre devienne une sorte de pays de cocagne, les hommes en arriveraient à s'entre-quereller par ennui, à se précipiter les uns sur les autres, ou bien l'excès de la population amènerait le famine et celle-ci les détruirait.

- 14 -

Voulez-vous des plans utopiques : la seule solution du problème politique et social serait le despotisme des sages et des nobles, d'une aristocratie pure et vraie, obtenue au moyen de la génération par l'union des hommes aux sentiments les plus généreux avec les femmes les plus intelligentes et les plus fines. Cette proposition est mon utopie et ma république de Platon.

- 15 -

Le médecin voit l'homme dans toute sa faiblesse ; le juriste le voit dans toute sa méchanceté ; le théologien, dans toute sa bêtise.

- 16 -

La tolérance que l'on remarque et que l'on loue souvent chez les grands hommes n'est toujours que le résultat du plus profond mépris pour le reste des humains : lorsqu'un grand esprit est tout à fait pénétré de ce mépris, il cesse de considérer les hommes comme ses semblables, et d'exiger d'eux ce qu'on exige de ses semblables. Il est alors aussi tolérant envers eux qu'envers tous les autres animaux, auxquels nous n'avons pas à reprocher leur déraison et leur bestialité.

- 17 -

C'est la malédiction de l'homme de génie que, dans la mesure même où il semble aux autres grand et admirable, ceux-ci lui paraissent à leur tour petits et pitoyables. Il lui faut pendant toute sa vie réprimer cette opinion, comme les autres répriment la leur. Cependant il est condamné à vivre dans une île déserte, où il ne rencontre personne de pareil à lui, et qui n'a d'autres habitants que des singes et des perroquets.

- 18 -

[…]  la vue des hommes excite presque toujours en moi une aversion prononcée ; car ils m'offrent à peu d'exceptions près le spectacle des difformités les plus affreuses et les plus variées : laideur physique, expression morale de passions basses et d'ambition méprisable, symptômes de folie et de perversités de toutes sortes et de toutes grandeurs ; enfin une corruption sordide, fruit et résultat d'habitudes dégradantes […]

- 19 -

La femme en Occident, ce qu'on appelle la dame, se trouve dans une position tout à fait fausse, car la femme, le sexus sequior des anciens, n'est nullement faite pour inspirer de la vénération et recevoir des hommages, ni pour porter la tête plus haute que l'homme, ni pour avoir des droits égaux aux siens. Les conséquences de cette fausse position ne sont que trop évidentes. Il serait à souhaiter qu'en Europe on remit à sa place naturelle ce numéro deux de l'espèce humaine et que l'on supprimât la dame, objet des railleries de l'Asie entière, dont Rome et la Grèce se seraient également moquées. Cette réforme serait au point de vue politique et social un véritable bienfait. Le principe de la loi salique est si évident, si indiscutable, qu'il me semble inutile à formuler.

- 20 -

[…]  la nature qui ne ment jamais, la nature, toujours franche et ouverte, s'exprime sur ce sujet d'une façon toute différente : elle dit que la vie ou la mort de l'individu ne lui importe en rien, c'est ce qu'elle exprime en livrant la vie de l'animal et aussi de l'homme aux moindres hasards, sans faire aucun effort pour les sauver. Considérez l'insecte sur votre chemin : le moindre écart volontaire de votre pied décide de sa vie ou de sa mort. Voyez la limace des bois, dépourvue de tout moyen de fuir, de se défendre, de tromper, de se cacher, proie exposée à tout venant ; […] la brebis que le loup épie caché dans le bois ; toutes ces victimes faibles, désarmées, imprudentes, errent, au milieu de dangers ignorés, qui à tout instant les menacent. La nature en abandonnant ainsi sans résistance ses organismes […] à l'avidité du plus fort […] au hasard le plus aveugle […] exprime par là, en son style laconique […] que l'anéantissement de ces êtres lui est indifférent, ne lui saurait nuire, ne signifie rien, et qu'en des cas pareils la cause est aussi indifférente que l'effet …

- 21 -

Les religions sont nécessaires au peuple, et sont pour lui un inestimable bienfait. Même lorsqu'elles veulent s'opposer au progrès de l'humanité dans la connaissance de la vérité, il faut les écarter avec tous les égards possibles. Mais demander qu'un grand esprit, un Goethe, un Shakespeare, accepte avec conviction impliciter, bona fide et sensu proprio, les dogmes d'une religion quelconque, c'est demander qu'un géant chausse le soulier d'un nain.

 

 

Haut de la page

Ce site a été développé avec Explorer 6 en mode 800

Ce site a été développé avec Explorer 6 en mode 800 * 600 pixels et avec Explorer 7 en mode 1440 * 900 pixels.

© Jean Pelletier 2003-2011 pour le site internet.

© respectif pour chacun des auteurs cités.